Histoire de France au Moyen-Âge : 4 janvier. Le 4 janvier 1378, Paris vit un moment rare : l’empereur Charles IV...
Histoire de France au Moyen-Âge : le 17 Novembre
Histoire de France au Moyen-Âge : le 17 Novembre

Introduction : 17 novembre 1405, le jour où la France bascule vers la guerre civile
Le 17 novembre 1405 constitue l’une des dates les plus cruciales de la fin du Moyen Âge français. Ce jour-là, un acte politique majeur, décidé par Isabeau de Bavière — reine de France et épouse du roi Charles VI — déclenche un basculement irréversible vers la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Dans un royaume fragilisé par la folie du roi, par les ambitions de ses princes et par les conséquences de la guerre de Cent Ans, la décision d’Isabeau d’écarter le duc d’Orléans au profit du duc de Bourgogne bouleverse l’équilibre des pouvoirs. Cette date marque le début d’un conflit qui déchirera la France pendant près de cinquante ans, opposant : la faction bourguignonne menée par Jean sans Peur, la faction armagnac menée par le comte Bernard VII d’Armagnac, les partisans du duc Louis d’Orléans, et les grandes villes du royaume partagées entre loyauté, peur et ambitions politiques. Nous sommes alors en plein Moyen Âge tardif, où les chevaliers portent encore des armures de plates, des heaumes fermés, des épées lourdes forgées comme celles de La Forge des Chevaliers®, et où les rues de Paris résonnent du bruit des boucliers armoriés et des bottes ferrées. Le 17 novembre 1405 n’est pas un simple tournant : c’est l’allumette jetée sur un baril de poudre qui couvait depuis des années.
Le contexte politique avant 1405 : un royaume au bord de l’effondrement
La maladie de Charles VI et le vide du pouvoir
Depuis 1392, le roi Charles VI souffre de crises de folie. Durant celles-ci, il : ne reconnaît plus sa femme, fuit ses enfants, se prend parfois pour du verre, oublie son propre nom, se replie dans un mutisme effrayant. L’autorité royale disparaît régulièrement. Chaque crise ouvre un vide de pouvoir que s’empressent de combler les princes du sang.
Deux hommes pour un royaume : Orléans contre Bourgogne
Deux grands princes se disputent alors l’influence : Louis d’Orléans, frère du roi, ambitieux, flamboyant, souvent impopulaire, proche de la reine, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, habile, manipulateur, très soutenu par une partie du peuple parisien. Leur rivalité est politique, militaire, économique, et même personnelle. Louis d’Orléans mène une politique coûteuse, cherche des alliances internationales, et s’oppose à la politique bourguignonne. Jean sans Peur veut limiter les dépenses, réformer l'État, et surtout imposer sa vision du pouvoir royal.
Isabeau de Bavière : une reine cruciale dans la fracture politique
Une figure centrale du pouvoir
Isabeau de Bavière se retrouve de facto à la tête du royaume lors des crises de son mari. Elle préside le conseil, valide les décisions, nomme les gouverneurs, distribue les faveurs. Son autorité agace profondément les princes, mais son rôle est indispensable.
Entre Orléans et Bourgogne : une position intenable
Depuis plusieurs années, Louis d’Orléans domine le conseil royal grâce à son influence sur la reine. Mais 1405 change la donne : Isabeau se trouve sous pression constante de Paris, ville acquise au duc de Bourgogne. Londres espionne, les marchands murmurent, le peuple gronde, l’élite bourgeoise exige des réformes… et le duc de Bourgogne promet l’ordre. Le 17 novembre 1405, elle prend une décision qui lui semble être la seule possible pour éviter une explosion : elle destitue de facto l’autorité du duc d’Orléans.
17 novembre 1405 : l’éviction d’Orléans et la victoire politique de Jean sans Peur
Un décret qui change tout
Ce jour-là, Isabeau publie un acte qui place le gouvernement du royaume entre les mains des princes modérés, mais surtout du duc de Bourgogne. Elle ordonne la séparation administrative entre ses enfants et Louis d’Orléans. Elle retire au duc d’Orléans les droits qu’il exerçait au nom du roi. Elle donne son soutien implicite à Bourgogne. Paris explose de joie. Les bourguignons dominent désormais le cœur du royaume.
Les rues de Paris se couvrent d’armures
Dès la nouvelle, les partisans de Jean sans Peur se déploient dans Paris : chevaliers en armure complète, milices en brigandines, archers portant des dagues, sergents portant des écus triangulaires, étendards bourguignons frappés du lion et de la bande blanche. La capitale devient un vaste camp militaire. Les ateliers de forgerons, semblables à ceux qui produiraient aujourd’hui les épées médiévales de La Forge des Chevaliers®, travaillent nuit et jour pour réparer les armures, aiguiser les lames, ajuster les heaumes.
Les motivations d’Isabeau : pragmatisme ou manipulation ?
Un royaume à sauver
Isabeau ne cherche pas à favoriser un parti. Elle veut éviter la catastrophe. En 1405 : Paris menace de se révolter, l’armée royale est divisée, les finances du royaume s’effondrent, les taxes provoquent des émeutes, Orléans et Bourgogne risquent l’affrontement direct. Son geste du 17 novembre vise à geler le conflit.
Une décision qui attise les flammes
Mais elle obtient l’inverse. Le camp d’Orléans hurle à l’injustice. Les partisans d’Orléans jurent de laver l’affront dans le sang. Le conflit entre Armagnacs et Bourguignons vient de commencer.
Les conséquences immédiates : un royaume en état de siège politique
À Paris : démonstration de force bourguignonne
Jean sans Peur, triomphant, s’installe comme « protecteur » du gouvernement. Il impose : ses conseillers, ses officiers, sa politique économique, son contrôle sur les finances, son influence sur la régence. La bourgeoisie de Paris applaudit. Le peuple y voit une victoire contre la corruption.
À Orléans : humiliation et rage
Louis d’Orléans, furieux, quitte Paris avec son escorte : des chevaliers portant des casques à visière, des boucliers décorés de ses armes personnelles, des épées lourdes caractéristiques de la noblesse française. Son départ ressemble à un exil forcé. Il jure vengeance.
Un royaume coupé en deux : l’émergence des Armagnacs et des Bourguignons
Naissance des partis
Dès novembre 1405, les clans se structurent : Bourguignons : partisans de Jean sans Peur, de Paris, des villes du Nord. Orléanistes, bientôt appelés Armagnacs, soutenus par la noblesse du Centre et du Sud. Ce sont deux Frances qui se font face.
Des armées sur le pied de guerre
Les milices urbaines se reforment. Les seigneurs recrutent : archers, hallebardiers, chevaliers, hommes d’armes équipés de plates complètes. Dans les arsenaux, on répare : les gonfanons, les épées d’apparat et de guerre, les écus d’aristocrates, les pièces d’armure. La France se prépare au pire.
Vers la confrontation : l’Europe observe, la France bascule
Les puissances étrangères s’invitent dans la crise
L’affaire du 17 novembre 1405 dépasse très vite les frontières du royaume. L’Angleterre, toujours engagée dans la guerre de Cent Ans, observe la division française avec intérêt. Les princes allemands, les Flandres et les cours italiennes comprennent aussi qu’une France affaiblie signifie une Europe reconfigurée. Jean sans Peur cherche secrètement des appuis en Flandre et en Angleterre. Orléans, lui, envisage de faire appel à ses alliés traditionnels en Italie ou dans l’Empire. La France devient un échiquier continental.
La violence éclate : embuscades, affrontements et propagande
Le royaume glisse vers la guerre civile
À partir de la fin novembre 1405, la situation se dégrade rapidement : patrouilles armagnacs attaquées, milices bourguignonnes déployées, villages ravagés, routes contrôlées par des bandes armées, chevaliers en armure stationnant aux portes des villes. La France entre dans une spirale de violence. Les compagnies d’hommes d’armes portent désormais des équipements lourds : des plates complètes articulées, des heaumes fermés à visière, des épées longues de guerre, des boucliers peints marqués des couleurs de leur faction.
La guerre des mots : affiches, prêches, rumeurs
Jean sans Peur diffuse un discours habile : « Je protège Paris contre la tyrannie d’Orléans. » Les Armagnacs répondent : « Bourgogne a pris le royaume en otage. » Dans les églises, les prédicateurs se divisent. Dans les tavernes, les conversations deviennent électriques. Dans les rues, les factions s’identifient par leurs couleurs, leurs devises, parfois même la forme de leurs armes. Paris devient une ville en état de tension permanente.
Le rôle ambigu d’Isabeau après le 17 novembre
Une reine piégée dans le jeu des princes
Isabeau voulait la paix. Elle obtient la guerre. Les Armagnacs l’accusent d’être manipulée par Jean sans Peur. Les Bourguignons l’utilisent comme caution morale. Le peuple la soupçonne de favoriser certains prélats trop riches. La noblesse murmure contre son influence. Elle se retrouve seule, assiégée politiquement.
La régente au cœur du chaos
Elle tente d’apaiser les tensions, mais les décisions du 17 novembre ont lancé une machine infernale. Les princes refusent de reculer. La haine gronde. Les alliances changent à une vitesse vertigineuse. Isabeau, malgré son intelligence politique, n’a plus la maîtrise des événements qu’elle a déclenchés.
Le long chemin vers l’assassinat de Louis d’Orléans (1407)
La conséquence logique du 17 novembre
Ce qui se passe en 1405 est la racine directe d’un événement capital : le meurtre de Louis d’Orléans, le 23 novembre 1407, sur ordre de Jean sans Peur. L’humiliation du 17 novembre est encore dans l’esprit d’Orléans. Jean sans Peur, de son côté, craint que Louis ne reprenne bientôt le pouvoir. Le conflit était désormais trop profond pour trouver une issue pacifique. Le sang finit par couler dans les rues de Paris.
Une France totalement fracturée
Après 1407, le royaume n’est plus gouverné : ce sont deux systèmes politiques parallèles qui s’affrontent. Les Bourguignons contrôlent Paris et le Nord. Les Armagnacs dominent le Centre et le Sud. Le roi Charles VI reste un fantôme politique. La reine Isabeau tente désespérément de garder un rôle. Les princes jouent leur propre jeu. Le peuple souffre. Et la guerre de Cent Ans, déjà ravageuse, continue en arrière-plan.
Paris sous tension : une ville prête à exploser
Les milices bourguignonnes imposent la terreur
Après le 17 novembre 1405, Jean sans Peur renforce sa présence militaire dans Paris. Les rues sont quadrillées par : des hommes d’armes en manteaux armoriés, des patrouilles portant des haches, des archers, des chevaliers casqués d’imposants heaumes graves, des bannières au lion de Bourgogne. Les échoppes de forgerons tournent à plein régime, réparant les épées et les écus des partisans.
Le peuple parisien divisé
Une partie acclame Jean sans Peur, qu’elle considère comme un réformateur. L’autre murmure que les Bourguignons sont des tyrans qui étranglent la capitale sous un contrôle militaire. Des émeutes éclatent parfois, dispersées par des troupes en armures de plates.
Les provinces prennent position : le royaume devient un damier politique
Le Nord derrière Bourgogne
Les Flandres, l’Artois, une partie de la Picardie soutiennent Jean sans Peur. Ces régions, riches et commerçantes, voient en Bourgogne un protecteur efficace.
Le Sud derrière Orléans
Le Sud se rallie rapidement au camp naissant des Armagnacs : Toulouse, Lyon, les terres des d’Armagnac, l’Auvergne, le Languedoc. Les nobles du Midi, attachés à leur autonomie, rejettent l’autorité bourguignonne jugée intrusive.
Les chevaliers dans la crise : symboles de factions armées
Deux chevaleries opposées
La fracture politique devient une fracture visuelle : les chevaliers bourguignons et armagnacs portent désormais des symboles, couleurs et blasons différents. Les Bourguignons privilégient : les couleurs sombres, les heaumes massifs, les armures complètes polies, les armes lourdes. Les Armagnacs, eux, conservent : les blasons blancs et rouges, des boucliers brillants, des épées longues fines, des casques plus légers. Ces contrastes sont essentiels dans les descriptions de l’époque.
L’évolution de l’armement
Nous sommes en 1405 : l’armement a évolué. Les cottes de mailles subsistent mais sont désormais renforcées par : des plates d’épaule, des brassards, des jambières d’acier, des gants articulés, des visières mobiles. Des pièces proches des modèles visibles dans les catégories armures médiévales et casques du Moyen Âge de La Forge des Chevaliers®.
Les répercussions durables : une guerre civile qui transforme la France
Une guerre de générations
La crise ouverte le 17 novembre 1405 ne s’éteint pas. Elle se poursuit pendant des décennies, traversant : l’assassinat d’Orléans (1407), la montée des Armagnacs (1408–1413), la reprise bourguignonne (1413–1418), le massacre des Armagnacs à Paris (1418), l’alliance bourguignonne avec les Anglais (1420), l’occupation anglaise d’une grande partie du royaume, la reconquête sous Charles VII. C’est une guerre qui durera jusqu’à l’époque de Jeanne d’Arc.
Une France transformée
Cette crise : fracture définitivement les élites, renforce le rôle des villes, affaiblit la couronne, permet aux Anglais de s’emparer de vastes territoires, marque la fin du Moyen Âge féodal, ouvre la voie à la monarchie centralisée du XVe siècle. Tout cela commence ce 17 novembre 1405.
Conclusion : un 17 novembre qui change la destinée du royaume
Le 17 novembre 1405 n’est pas une simple décision administrative. C’est le jour où la France plonge dans un conflit fratricide qui déchirera le royaume pendant près d’un demi-siècle. La décision d’Isabeau de Bavière d’écarter le duc d’Orléans au profit du duc de Bourgogne bouleverse l’équilibre des forces, déclenche une réaction en chaîne et ouvre la porte à une ère de violences, d’assassinats politiques, de guerres urbaines et de manipulations. Ce jour-là : Paris se couvre de chevaliers, les provinces se divisent, les alliances changent, le royaume se brise. Le 17 novembre 1405 est l’un des actes fondateurs de la guerre civile Armagnacs–Bourguignons, un tournant majeur de l’histoire médiévale française. Entre les lames des épées croisées, les reflets des armures étincelantes, les silhouettes des heaumes clos et les bannières rivales, c’est toute la tragédie du Moyen Âge tardif qui se joue. Ce 17 novembre marque la fin d’un monde et le commencement d’un autre.
Histoire de France au Moyen-Âge : le 17 Novembre

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