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Histoire de France au Moyen-Âge : le 20 Novembre
Histoire de France au Moyen-Âge : le 20 Novembre

Introduction : 20 novembre 1194, un désastre royal
Le 20 novembre 1194, sur le sol meurtri du Vendômois, se produit l’un des épisodes les plus incroyables et les plus humiliants de tout le règne de Philippe II Auguste : la bataille de Fréteval, où l’armée française est défaite par Richard Cœur de Lion, et où le roi de France perd toutes ses archives, ses sceaux, ses chartes, ses trésors, et même une partie de sa maison militaire. Cette journée marque profondément l’histoire capétienne. Jamais un roi de France n’avait été dépouillé de l’ensemble de ses archives officielles : une catastrophe administrative, juridique et symbolique. Le choc est immense. L’image du pouvoir royal en sort ébranlée. Mais paradoxalement, ce désastre obligera plus tard Philippe Auguste à reconstruire un système administratif beaucoup plus solide, à l’origine des futures institutions royales. Autour de lui, la chevalerie française vit ce jour-là une débâcle totale. Les cavaliers en armures romanes, portant des épées franques et des boucliers en amande, se retrouvent bousculés, dispersés, mis en fuite par la charge irrésistible des chevaliers angevins et normands menés par Richard Cœur de Lion. Le 20 novembre 1194 est l’une des grandes dates du Moyen Âge capétien, essentielle pour comprendre la rivalité entre Capétiens et Plantagenêt.
Le contexte : une rivalité gigantesque entre deux rois
Philippe Auguste contre Richard Cœur de Lion
Depuis plusieurs années, les deux souverains s’affrontent pour le contrôle : de la Normandie, de l’Anjou, du Maine, de la Touraine, et de l’Aquitaine. Le conflit oppose : → un roi de France en pleine ascension → un roi d’Angleterre redoutable, stratège et guerrier exceptionnel. Richard revient de croisade auréolé de prestige. Philippe veut profiter de son absence pour grignoter ses possessions. À son retour, Richard n’a qu’un objectif : écraser Philippe.
Une campagne militaire tendue
Durant l’année 1194, les affrontements se multiplient : escarmouches, prises de châteaux, embuscades, destructions de ponts et de moulins, rivalités de partisans. Philippe avance prudemment, mais ses forces sont inférieures en discipline et en mobilité à celles de Richard.
Les armées en présence à Fréteval
L’armée de Philippe Auguste
Le roi de France s’est entouré de : cavaliers capétiens en cottes de mailles complètes, sergents portant des lances lourdes, chevaliers munis de heaumes coniques, porta-étendards arborant les lys, écuyers armés de dagues et de haches, quelques arbalétriers. Il transporte aussi ses archives royales, contenues dans plusieurs coffres escortés par une garde choisie. Ces archives comprennent : chartes, traités, comptabilités, actes juridiques, sceaux, dossiers diplomatiques. Les perdre équivaut à perdre une grande partie de la mémoire du royaume.
L’armée de Richard Cœur de Lion
Richard, lui, est accompagné d’une chevalerie aguerrie, revenue des croisades : chevaliers en armures renforcées, lanciers normands, archers anglais, cavalerie lourde d’Aquitaine, sergents rapides et disciplinés. Le matériel guerrier de ses hommes rappelle de nombreux modèles visibles dans les collections de La Forge des Chevaliers® : épées d’estoc, boucliers décorés d’animaux héraldiques, mailles rivetées, casques aiguisés en pointe. Richard, immense guerrier, mène personnellement la charge.
La bataille du 20 novembre 1194
Un affrontement rapide, brutal et décisif
Philippe croit avoir l’avantage. Il manœuvre pour couper une des routes empruntées par Richard. Mais ce dernier, mieux informé, surgit au moment où le roi de France ne s’y attend pas. Les éclaireurs capétiens sont dépassés. L’armée française se déploie trop lentement. Richard profite de la confusion pour lancer la charge.
La charge irrésistible des chevaliers plantagenêt
La cavalerie anglaise et normande fond sur les Français, formant une masse compacte de fer et de chevaux. Les chevaliers de Richard : abaissent leurs lances, forcent les lignes françaises, rompent les formations, renversent les sergents, éventrent les rangs capétiens. Le choc est monstrueux. Les Français, surpris, n’ont pas le temps de se regrouper.
La fuite du roi de France
Philippe Auguste comprend le danger. Il se replie avec sa garde rapprochée, tandis que ses troupes, disloquées, battent en retraite. Les chevaliers français courent vers les bois. Le roi abandonne son camp, ses coffres, son matériel. C’est une déroute.
La perte des archives royales
Des coffres entiers capturés
Richard tombe sur les chariots contenant : les archives, les sceaux, les comptes, les actes juridiques, les correspondances diplomatiques. Tout est pris. Tout.
Un symbole ravageur
Perdre ses archives est pire que perdre un château. C’est perdre la mémoire, l’autorité, la preuve même de son pouvoir. Philippe Auguste en est humilié au plus haut degré.
Conséquences immédiates : un roi humilié, un royaume choqué
Philippe Auguste fuit jusqu’à Fréteval
Lorsque les chevaliers français se dispersent, Philippe réussit de justesse à rejoindre la forêt voisine avec une fraction de sa garde. Il abandonne : ses tentes, ses coffres, son matériel, ses archives, son train de campagne, et une partie de sa maison royale. Les chroniqueurs rapportent même qu’un écuyer dut lui couper les sangles de sa selle pour l’aider à fuir plus vite. Pour un roi capétien, cette fuite désordonnée est une humiliation sans précédent.
La stupeur dans le royaume
La nouvelle se répand rapidement dans : les abbayes, les cours seigneuriales, les marchés, les cités de Champagne, d’Orléans et de Sens. Le roi a perdu les archives du royaume. Il semble impensable, pour les contemporains, qu’un monarque puisse être dépossédé d’un tel trésor documentaire. Cela affaiblit son prestige. Cela renforce celui de Richard Cœur de Lion. C’est un choc politique immense.
Les archives royales : un trésor inestimable
Ce que contenaient les coffres perdus
Les documents capturés par Richard sont essentiels pour gouverner : les traités avec les grands seigneurs, les privilèges concédés aux villes, les comptes fiscaux, les droits féodaux, les titres de propriété, les registres juridiques, les correspondances diplomatiques, les sceaux du roi. Pour les Capétiens, c’est comme si l’on volait aujourd’hui tous les registres administratifs de l’État.
La dimension symbolique
La royauté médiévale repose sur des symboles : les sceptres, les couronnes, les chartes, les sceaux. Perdre les chartes, c’est perdre l’outil même qui permet au roi d’exercer son autorité. Richard, dans sa guerre psychologique contre Philippe, frappe au cœur de la légitimité capétienne.
Richard Cœur de Lion triomphant
Le roi-Guerrier maître du champ de bataille
Richard inspecte les coffres capturés. Les chroniqueurs disent qu’il riait ouvertement en découvrant la richesse administrative du roi de France. Ce triomphe militaire renforce son prestige : auprès de ses barons, auprès des Normands, auprès des Aquitains, auprès de la chevalerie européenne. Richard apparaît comme l’égal de Charlemagne et d’Alexandre selon certaines chansons de geste.
Un génie tactique
Son coup de maître est clair : surprendre Philippe, frapper au moment opportun, viser les points faibles logistiques, capturer les archives, démoraliser l’adversaire. Richard démontre une fois de plus sa capacité exceptionnelle à lire le terrain et à anticiper les mouvements ennemis.
Philippe Auguste après Fréteval : reconstruire, riposter, réinventer
De la honte à la stratégie administrative
Humilié, Philippe choisit une réponse très capétienne : transformer le désastre en fondation d’un ordre nouveau. Comme il a perdu les archives, il décide de : recréer une administration centralisée, codifier les actes royaux, renforcer le contrôle des officiers, systématiser la rédaction des chartes. C’est à partir de cette nécessité que naîtront les premiers registres organisés du royaume, ancêtres des futures institutions administratives françaises. Fréteval, paradoxalement, modernise l’État capétien.
La revanche politique
Philippe Auguste, loin d’être anéanti, se remet à l’œuvre : il reconstruit une armée, renforce les alliances, multiplie les négociations, améliore le système logistique de ses campagnes. Il sait que le conflit avec Richard n’est pas terminé. Il sait que la France ne peut se permettre une nouvelle humiliation. Il prépare l’avenir.
Les chevaliers à Fréteval : armes, équipements, survivants
La réalité des combats
Les chevaliers français, pris par surprise, se battent pourtant avec courage : cottes de mailles longues, heaumes coniques décorés de cuir, épées romanes à double tranchant, boucliers en amande ornés d’emblèmes, lances à hampe en frêne, dague courte pour le corps à corps. Mais la force brutale de Richard démolit leur formation.
Les pertes
Les Français subissent : captures, pertes matérielles, pertes d’honneur, destruction de l’arrière-garde. Les chevaliers normands, angevins et aquitains reviennent victorieux.
Impact politique à long terme
Un précédent unique dans l’histoire de France
Plus jamais un roi de France ne perdra l’intégralité de ses archives. Cet événement devient un avertissement pour toutes les générations suivantes.
Le renforcement inexorable des Capétiens
Malgré ce désastre, la dynastie ne s’effondre pas. Au contraire, Philippe Auguste va : se renforcer, réorganiser le royaume, conquérir la Normandie en 1204, établir l’hégémonie capétienne. La chute du pouvoir angevin sur le continent commence en réalité après Fréteval, lorsque Philippe, humilié, se relève avec prudence et stratégie.
Conclusion : Fréteval, une humiliation devenue moteur de puissance
Le 20 novembre 1194, Philippe Auguste subit l’un des plus grands échecs de son règne : défaite militaire, fuite, perte des archives, perte de prestige. Mais cet épisode est aussi un tournant décisif. Fréteval pousse le roi à moderniser son administration, à se montrer plus prudent et à préparer sa revanche. Dans le choc des armures, les lames croisées, les heaumes brisés et les boucliers fendus, Philippe Auguste trouve paradoxalement la force de devenir l’un des plus grands rois capétiens. Fréteval est une chute — mais une chute qui prépare l’ascension.
Histoire de France au Moyen-Âge : le 20 Novembre

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