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Histoire de France au Moyen-Âge : le 21 Novembre

Histoire de France au Moyen-Âge : le 21 Novembre

Histoire de France au Moyen-Âge : le 21 Novembre

21 novembre 1215 – Confirmation de la Magna Carta par le pape Innocent III

Introduction : 21 novembre 1215, une décision papale qui bouleverse l’Europe

Le 21 novembre 1215, à Rome, dans les salles du palais du Latran, le pape Innocent III confirme officiellement l’annulation de la Magna Carta, la charte que Jean sans Terre avait été contraint de signer face à la révolte des barons anglais. Ce geste n’est pas anodin : c’est un acte politique majeur qui relance la guerre civile en Angleterre et, surtout, qui influe directement sur le destin de la France de Philippe Auguste, au sommet de sa puissance. Pourquoi ? Parce que depuis 1215, une vaste rébellion anglaise a appelé à l’aide le prince Louis de France, fils de Philippe Auguste, futur Louis VIII, pour venir prendre la couronne anglaise. La décision papale du 21 novembre change donc tout : elle renforce Jean sans Terre, elle condamne les barons révoltés, elle désigne Louis comme usurpateur potentiel, elle légitime indirectement un conflit franco-anglais armé. C’est un moment où se croisent diplomatie, religion et guerre — un terrain parfait pour comprendre les enjeux militaires, chevaleresques et stratégiques de la France capétienne.

Retour en arrière : pourquoi la Magna Carta existe-t-elle ?

L’Angleterre en crise profonde

Depuis plusieurs années, Jean sans Terre affronte : la colère de ses barons, des défaites militaires face à Philippe Auguste (notamment Bouvines en 1214), une situation fiscale catastrophique, des problèmes de succession, une excommunication puis un compromis humiliant avec la papauté. La noblesse anglaise le voit comme : un tyran fiscal, un roi incompétent, un perdant militaire, un souverain instable.

15 juin 1215 : la charte imposée

À Runnymede, Jean doit accepter la Magna Carta, une limitation sévère de son pouvoir. Elle garantit : les droits traditionnels des barons, la consultation obligatoire du royaume pour les taxes, l’indépendance relative de l’Église anglaise, la protection contre les arrestations arbitraires. C’est une humiliation pour un roi. Mais l’humiliation dure peu : Jean écrit immédiatement au pape Innocent III, son protecteur politique, pour demander l’annulation de la charte.

Le rôle du pape Innocent III : un arbitre incontournable

Le pape, protecteur de Jean sans Terre

Innocent III voit dans la Magna Carta : un affaiblissement direct de son vassal Jean, un précédent dangereux pour d’autres royaumes, un acte de rébellion contre l’autorité monarchique que l’Église soutient. Le pape considère que la charte : « porte atteinte aux droits de la couronne et à la juridiction apostolique ».

Vers une décision capitale

Pendant l’été et l’automne 1215, plusieurs légats étudient la situation. Les barons rebelles espèrent encore un compromis. Jean, lui, veut un soutien total du pape pour écraser la rébellion. Tout converge vers Rome.

21 novembre 1215 : la décision tombe

La condamnation officielle

Le 21 novembre, Innocent III publie une bulle déclarant : la Magna Carta nulle et non avenue, les barons rebelles excommuniés, leur révolte illégale, Jean pleinement rétabli dans ses droits royaux. Cette décision a l’effet d’une explosion diplomatique.

Une victoire juridique, mais un retour immédiat à la guerre

Avec la charte annulée : les barons refusent d’obéir, la guerre civile éclate, ils cherchent un roi de remplacement. Et qui choisissent-ils ? Le prince Louis de France, fils de Philippe Auguste.

La France entre en scène : le rêve capétien de conquérir l’Angleterre

Pourquoi Louis est appelé ?

Les barons pensent que Louis serait : plus juste, plus stable, plus puissant, soutenu par une monarchie solide. Surtout : Louis a épousé Blanche de Castille, petite-fille d’Henri II Plantagenêt. Il a donc un droit dynastique réel sur la couronne d’Angleterre. L’occasion est historique : pour la première et unique fois, la France peut espérer placer un Capétien sur le trône anglais.

Philippe Auguste, maître opportuniste

Philippe, prudent, laisse officiellement son fils agir « en son nom propre » pour éviter une guerre directe contre la papauté. Mais en coulisses, il soutient activement : les chevaliers, les armes, les financements, les navires, les sergents d’armes. Les ports français voient s’équiper des chevaliers en : armures de maille épaisses, heaumes coniques XIIe-XIIIe siècle, épées de guerre à large lame, boucliers capétiens. L’invasion de l’Angleterre se prépare, silencieusement, méthodiquement.

La réaction anglaise : un royaume déchiré

Jean sans Terre fragilisé

Même soutenu par le pape, Jean reste : impopulaire, affaibli, isolé, militairement instable. Ses chevaliers sont loyaux mais peu nombreux. Les villes ne veulent plus payer d’impôts. Les barons l’ignorent ouvertement.

Les barons rebelles : un royaume dans le royaume

Ils contrôlent : Londres, la plupart de l’Est anglais, plusieurs ports clés, une large partie des ressources fiscales. Ils jurent fidélité à Louis de France dès l’hiver 1215–1216. Rome, en condamnant la Magna Carta, les pousse encore plus dans les bras des Français.

Pourquoi la France est directement concernée par la décision papale

Un affrontement politico-militaire triangulaire

Le 21 novembre crée une situation explosive où trois forces s’opposent : Rome, qui veut soutenir Jean, la France, qui soutient Louis, les barons anglais, qui veulent renverser Jean. La décision pontificale n’éteint rien. Elle enflamme tout.

Un moment clé dans la montée de la puissance capétienne

Philippe Auguste sait que : Jean est un roi faible, l’Angleterre est désunie, la papauté protège un souverain discrédité, son propre fils est jeune, ambitieux et soutenu par une partie de la noblesse anglaise. Ce qui se joue là est gigantesque : l’établissement d’une domination capétienne sur l’Europe du Nord.

L’Angleterre en guerre civile : Louis en route pour la couronne

Les barons offrent la couronne à Louis

À la suite de la décision papale du 21 novembre 1215, les barons anglais, déclarés « rebelles » par Rome, se tournent entièrement vers le prince Louis. Ils le considèrent comme le seul capable de restaurer leurs droits face à un Jean sans Terre soutenu artificiellement par l’Église. Ils lui promettent : Londres, le contrôle de la flotte anglaise, des places fortes, la fidélité de la chevalerie rebelle, et la couronne elle-même. Ce moment représente l’apogée de l’influence capétienne dans les îles Britanniques.

Une préparation militaire d’envergure en France

Dans les ports français — Calais, Boulogne, Dieppe — des chevaliers se rassemblent : caparaçonnés de mailles lourdes XIIe-XIIIe siècle, armés de lames courtes à double tranchant, casqués de heaumes normands renforcés, portant des écus ornés de lys. Les navires sont chargés de vivres, d’armes, de chevaux et de sergents. C’est une expédition de grande ampleur, comparable aux préparatifs d’une croisade. Louis, jeune, déterminé, sûr de son droit, se tient prêt à embarquer.

Le pape contre la France : la tension monte

La France accusée d’usurpation

Innocent III réagit immédiatement à la candidature de Louis. Pour lui : Louis n’a aucune légitimité en Angleterre, les barons rebelles sont hors-la-loi, l’intervention française serait un scandale, Jean sans Terre demeure son protégé. Le 21 novembre 1215 n’est donc pas seulement une condamnation de la Magna Carta : c’est une déclaration indirecte de guerre diplomatique contre la France.

Philippe Auguste manoeuvre avec prudence

Le roi de France ne veut pas se mettre ouvertement en conflit avec Rome. Il affirme donc que : « Louis agit de son propre chef, sans l’appui du royaume de France. » Mais cette fiction politique ne trompe personne. Derrière cette façade diplomatique, Philippe : finance les chevaliers, appuie les barons anglais, permet la constitution d’une flotte, conseille secrètement son fils. La puissance capétienne avance masquée.

Le chaos en Angleterre : la guerre s’enflamme

Royaume coupé en deux

Après l’annulation de la Magna Carta : les barons tiennent Londres, le roi tient l’Ouest, les ports hésitent, les paysans fuient les pillages, des châteaux passent d’un camp à l’autre, les mercenaires flamands arrivent en renfort. L’Angleterre n’a plus qu’un roi de nom : Jean sans Terre. Le véritable pouvoir est fragmenté.

La montée de la chevalerie franco-anglaise

Les troupes réunies pour soutenir Louis comportent : des chevaliers parisiens, des nobles picards, des croisés revenus d’Orient, des archers normands ralliés aux barons, des hommes d’armes anglais mécontents. C’est une force hybride, parfaitement adaptée à une conquête outre-Manche. Les armures, les casques et les épées de ces chevaliers correspondent à des modèles similaires aux pièces disponibles dans les catégories « armes médiévales » et « armures » de La Forge des Chevaliers®.

L’expédition de Louis : un avant-goût de victoire

Louis débarque en Angleterre (1216)

Quelques mois après la condamnation de la Magna Carta, Louis traverse la Manche. Il est accueilli triomphalement à Londres, où les barons le reconnaissent comme roi. Les chroniqueurs écrivent : « Jamais prince français n’avait été si près du trône d’Angleterre. » La décision papale du 21 novembre a donc paradoxalement contribué à l’expansion de l’influence française.

Le royaume français plus puissant que jamais

Philippe Auguste, maître de la Normandie, de l’Anjou et de la Touraine, voit son pouvoir renforcé. Les Anglais craignent désormais une domination totale capétienne sur les deux rives de la Manche. Entre 1215 et 1216, l’Europe entière retient son souffle.

Le retournement de situation : la mort de Jean sans Terre

Une nouvelle donne politique

La mort soudaine de Jean sans Terre en octobre 1216 bouleverse le plan capétien. Son fils Henri, neuf ans, est couronné immédiatement. L’Angleterre préfère un enfant faible mais légitime à un prince étranger soutenu par les barons. La décision du 21 novembre 1215, qui soutenait Jean contre la Magna Carta, joue ici pleinement son rôle : elle a permis au pouvoir royal anglais de survivre juste assez longtemps pour assurer une succession stable.

Louis perd ses alliés

Les barons rebelles se divisent. Certains retournent leur veste. La machine capétienne se grippe. Le rêve d’un roi de France sur le trône d’Angleterre s’effrite.

Les conséquences à long terme pour la France

Le renforcement politique des Capétiens

Au-delà de l’échec final de Louis en Angleterre, la France sort grandie : Philippe Auguste apparaît comme le souverain le plus puissant d’Europe, la monarchie capétienne devient le modèle de stabilité, la papauté reconnaît la force politique du royaume, la diplomatie française atteint son apogée.

Un pas vers la Guerre de Cent Ans

L’épisode de 1215–1217 ouvre des dynamiques profondes : tensions franco-anglaises accrues, revendications dynastiques croisées, intérêts français en Angleterre, méfiance permanente des Anglais envers les Capétiens. Cet épisode sera l’un des lointains préludes de la Guerre de Cent Ans, commencée en 1337.

Conclusion : 21 novembre 1215, une date qui change l’équilibre de l’Europe

L’annulation de la Magna Carta par Innocent III n’est pas un événement anglais isolé. C’est un acte européen qui : relance la guerre civile en Angleterre, ouvre la porte à une tentative capétienne de prise du trône anglais, oppose directement Rome et la France, transforme l’équilibre politique du nord de l’Europe, renforce la puissance capétienne, prépare les tensions séculaires entre les deux royaumes. Derrière les décisions du pape, les guerres des rois, les ambitions des princes, on voit se dessiner les lames étincelantes, les heaumes martelés, les boucliers capétiens, qui symbolisent cette époque de fer et de foi. Le 21 novembre 1215 n’est pas qu’une décision juridique : c’est le début d’un affrontement qui façonnera des siècles d’histoire franco-anglaise.

Histoire de France au Moyen-Âge : le 21 Novembre

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