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Passage du Rhin, sainte Geneviève et Mérovée - entre histoire, traditions et interprétations
Passage du Rhin, sainte Geneviève et Mérovée
entre histoire, traditions et interprétations
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Les grands bouleversements de la fin de l’Empire romain ont laissé des sources rares, souvent fragmentaires et parfois contradictoires. Cette situation a favorisé, dès l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, l’émergence de récits hagiographiques, de traditions orales et, plus récemment, de lectures idéologiques projetées sur le passé.
Les figures de sainte Geneviève, de Mérovée et les événements liés aux invasions du Ve siècle s’inscrivent pleinement dans cette zone de tension entre histoire critique, mémoire collective et mythes fondateurs.
Sainte Geneviève : une autorité spirituelle attestée
Sainte Geneviève (vers 422–512) est un personnage historique attesté, principalement connu par des textes hagiographiques rédigés plusieurs décennies après sa mort. Ces sources lui attribuent un rôle central dans la cohésion morale de Lutèce lors des grandes crises du Ve siècle.
Selon la tradition, lorsque la menace hunnique menée par Attila se rapproche en 451, Geneviève exhorte les habitants à rester, à prier et à ne pas abandonner la cité. Historiquement, cela ne signifie pas qu’elle exerce un pouvoir politique ou militaire, mais qu’elle dispose d’une autorité morale exceptionnelle dans une société où les cadres administratifs romains se désagrègent.
Cette autorité spirituelle féminine n’est pas un cas isolé. À la même époque, des évêques, des moines et parfois des femmes pieuses deviennent des figures centrales de stabilité dans des cités confrontées à l’effondrement du pouvoir impérial.
Lutèce au Ve siècle : une cité romaine en transition
Lutèce demeure, jusqu’au milieu du Ve siècle, une ville intégrée à l’Empire romain. Les institutions civiles subsistent encore partiellement, bien que leur efficacité soit fortement affaiblie par les crises politiques et militaires.
La ville n’est pas dirigée par Geneviève au sens institutionnel. Elle devient cependant un centre religieux et communautaire, où l’influence morale de la sainte joue un rôle fédérateur. Cette situation explique pourquoi la tradition lui attribue une place majeure dans les récits de l’époque.
Les récits évoquant un siège prolongé de Lutèce par Mérovée ne reposent pas sur des sources contemporaines fiables. Aucune chronique antique ne décrit un siège de quatre années, et ces éléments doivent être abordés avec prudence.
Mérovée et les Francs : une royauté encore embryonnaire
Mérovée est traditionnellement présenté comme l’ancêtre de la dynastie mérovingienne. Toutefois, son existence historique est mal documentée et son statut exact reste débattu par les historiens. Il apparaît davantage comme un chef de peuple que comme un roi au sens médiéval ou moderne.
Parler de Mérovée comme d’un « roi de France » constitue un anachronisme. Au Ve siècle, la notion même de France n’existe pas encore, et les structures politiques restent fluides.
Les Francs eux-mêmes ne forment pas un groupe homogène. Ils se divisent notamment en Francs saliens et Francs ripuaires, distinctions fondées sur des critères géographiques et politiques, et non sur des oppositions idéologiques ou religieuses structurées.
Pouvoir spirituel et pouvoir temporel : une distinction réelle
Le Ve siècle est marqué par une séparation croissante entre pouvoir spirituel et pouvoir militaire. Les autorités religieuses gagnent en influence, tandis que les chefs guerriers imposent leur autorité par la force.
Cette distinction ne correspond cependant pas à une opposition strictement genrée. Des hommes et des femmes peuvent exercer une autorité spirituelle, tandis que le pouvoir militaire reste majoritairement masculin, sans exclure des figures féminines d’influence politique.
Interpréter cette réalité historique comme une opposition entre peuples « féministes » et « masculinistes » relève d’une lecture contemporaine qui ne trouve pas de fondement dans les sources antiques.
La Gaule du Ve siècle : continuités et recompositions
Loin d’un affrontement entre deux « Frances », la Gaule du Ve siècle connaît surtout des phénomènes de continuité et d’adaptation. Les élites franques adoptent progressivement le christianisme, le droit romain et certaines pratiques administratives impériales.
Ce processus aboutit à la formation de nouveaux royaumes dits « barbares », qui s’inscrivent en réalité dans la continuité du monde romain, plutôt que dans une rupture totale.
Conclusion : entre histoire, mémoire et interprétation
Le passage du Rhin, la figure de sainte Geneviève et l’émergence des premiers chefs francs appartiennent à une période complexe, où l’histoire documentée, la tradition religieuse et la mémoire collective s’entremêlent étroitement.
Reconnaître la richesse symbolique de ces récits ne signifie pas les confondre avec des faits établis. L’approche historique consiste précisément à distinguer ce qui relève des sources, de la légende et des interprétations ultérieures.
C’est dans cet équilibre entre rigueur critique et respect des traditions que peut s’éclairer la compréhension de cette période fondatrice du Moyen Âge occidental.


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